samedi 6 février 2021

CAMERA SILENS par Camera Silens, Patrick Scarzello (Castor Astral)

Réalité!

Il y a 40 ans naissait un groupe punk bordelais qui allait devenir culte, mais ça, les gars ne le savaient encore pas. Leur blase : Camera Silens. A la simple évocation de ce nom, les fans de la première heure se sentent galvanisés, mais pas uniquement, puisqu’ils ont réussi à traverser les décennies en devenant la voix de toute une philosophie de vie. Patrick Scarzello (auteur, critique rock et musicien) est parti à la rencontre des protagonistes (Benoît Destriau, Gilles Bertin, Eric Ferrer, Bruno Cornet, François Borne) et leur manager (Jean-Marc Gouaux) pour extraire la substantielle moelle de ce groupe mythique. L’auteur a effectué un travail titanesque de recoupement des interviews, des articles parus dans divers fanzines issus de la scène underground et autres passages radiophoniques recelant une mine d’informations sur le raz-de marée Camera Silens. En effet, nous voilà en immersion complète dans les années 80 en plein renouveau de la vague punk. Les jeunes, de cette époque, à la recherche d’autres horizons, adhèrent à cette nouvelle sensation constituant un socle d’admirateurs solide pour le groupe. Chaque page est un condensé d’authenticité sans langue de bois où les problèmes de dopes, les concerts « destroy », leur apolitisme, les braquages de Gilles entre autres provocations se côtoient. Rien n’est épargné et ils n’essaient pas d’enjoliver une réalité plus belle et glamour qu’elle ne l’était. Au fil des pages résonnent dans nos encéphales « Identité », « Squat », « Classe Criminelle », « Suicide », « Rien qu’en Traînant », « Pour La Gloire » et tous ces hymnes qui ont été autant de slogans de rébellion pour toute une génération et même au-delà. Camera Silens par Camera Silens (aux éditions Castor Astral), préfacé par Thierry Saltet, est le compagnon de route idéal à l’autobiographie de Gilles Bertin « Trente Ans de Cavale». Un ouvrage riche et puissant claquant dans la gueule laissant une marque indélébile dans nos coeurs punk ! Alicia FIORUCCI

mercredi 3 février 2021

L'Evangile De La Putréfaction, Nicolas Castelaux (Camion Noir)

 He Puts The Fun in Funeral!

666 est le nombre de pages à arpenter pour découvrir les différentes facettes et la vie de Nicolas Claux aussi connu sous l’appellation « Le Vampire de Paris ». Cette autobiographie, préfacée par David B. Deckard, sortie aux éditions Camion Noir éclaire notre lanterne sur le parcours extrême d’un criminel hors du commun. En effet, Nico, né le 22 mars 1972 n’a eu de cesse depuis sa plus tendre enfance de trouver réconfort et puissance auprès de la Grande Faucheuse, sa meilleure amie. Entre profanation de tombes, dissection d’animaux, démonolâtrie, un attrait certain pour le macabre qui peuple notre monde entre autres infamies, il se sent comme un poisson dans l’eau. De plus, au fur et à mesure des années les pulsions sexuelles se font plus pressantes, Eros et Thanatos devennant intrinsèquement liés. Les années passent et les envies de meurtre se font de plus en plus sentir jusqu’à ce jour du 4 octobre 1994 où il assassine un homme de sang froid à même l’appartement de sa victime. 3 semaines plus tard il est arrêté, incarcéré et passera 8 années derrière les barreaux. C’est en prison qu’il commence à correspondre avec les tueurs du monde entier et à peindre. Un phénomène qui, jusqu’alors inconnu en France, fait son entrée en scène : la murderabilia. Celui ci désigne le commerce d’objets ayant appartenu à des tueurs en série. Surfant sur cette tendance, Nico, n’hésite pas à jouer le jeu. Le jour de ses 30 ans marque son retour à la liberté, il s’adonne enfin aux interviews du milieu underground qui s’intéresse à lui, se rend en Suède puis de retour à Paris se met à la recherche d’un travail qui l’a toujours fasciné : agent mortuaire. Il arrive à se faire embaucher malgré son passé de repris de justice et évolue dans son élément toujours tiraillé entre les deux divinités grecques. Il livre plusieurs anecdotes truculentes sur ce travail particulier pour le commun des mortels. Sans concession, ni langue de bois et d’un cynisme sans précédent sur le monde, cet ouvrage est fluide comme le liquide couleur carmin qui coule dans nos veines. C’est ainsi qu’il devient écrivain sur ses sujets de prédilections, traduit bon nombre d’ouvrages en liens avec la culture « Serial Killer » et ses dérivés tout en continuant à peindre. Une autobiographie intense et passionnante à s’en délecter, où foutre et hémoglobine s’entremêlent violemment. Alicia FIORUCCI


Disponible sur Amazon

Version anglaise "The Gospel of Blood" : www.serialpleasure.com 

vendredi 4 septembre 2020

CHARLES MANSON, Par Lui-Même, éditions Séguier (Nuel Emmons, Traduction Laurence Romance)

Laurence Romance et moi 13/06/2019
 CHARLES MANSON PAR LUI-MÊME:

50 ans après les faits de la tristement célèbre nuit du 8 au 9 août 1969 à Cielo Drive - Hollywood, Charles Manson ne cesse de déchaîner les passions ! En effet, la simple évocation de son nom déclenche de vives réactions qui, souvent, tournent en polémiques. Qui était-il vraiment ? Le Mal incarné ? Beaucoup d’ouvrages ont été écrits à son sujet mais sa seule confession est « Charles Manson par lui-même » (éditions Séguier, collection l’Indéfinie). Ce livre, sorti à l’origine en 1986 sous le titre « Charles Manson on His Own Words », est le fruit de centaines d’heures d’interview effectuées entre 1979 et 1985 par Nuel Emmons (ancien ami de cellule de Manson) mis sous forme autobiographique pour une meilleure immersion dans ce personnage que l’opinion publique aime diaboliser. La présente édition, préfacée par Simon Liberati, est l’excellente traduction de Laurence Romance (rock critic, chanteuse, animatrice TV et bien d’autres...) qui, 33 ans après la sortie de la version américaine, permet enfin au lectorat francophone de partir à la rencontre d’un des pires cauchemars du XXe siècle. Le 12 novembre 1934, à Cincinnati, naît le petit Charles Milles Maddox, fils « bâtard » comme il se considère, car il ne connaîtra jamais son père et très peu sa mère. On ne peut pas dire que sa venue au monde démarre sous les meilleurs auspices et ce qui s’ensuivra se révélera encore plus tragique. Charlie se met à nu sans détour, brut de décoffrage et raconte son ascension, de son enfance chaotique au rang de plus célèbre criminel de notre siècle. Personnage iconique de la contre-culture au moment du Flower Power, il laisse derrière lui quelques supports phonographiques (les disques « Lie, The Love and Terror Cult » ainsi que « The Manson Family Sings The Songs of Charles Manson ») témoignages de la philosophie de vie qu’il prônait autour de lui avec ce que la presse et les chaînes d’infos ont appelé la « Manson Family ». Ce livre est aussi le reflet d’une époque révolue, celle où les expériences en tout genre avaient la part belle, à grands renforts d’acide et de fumette et où la jeunesse californienne éprise de libertés s’érigeait contre l’establishment. Un ouvrage hypnotique et galvanisant, dynamique et puissant si ce n’est indispensable et essentiel, pour tous ceux qui cherchent des réponses aux effroyables événements survenus en 1969 en cette terre promise et qui ne veulent pas se laisser abuser par les « on dit ». Une vérité plus nuancée que celle matraquée par les médias en quête de sensationnalisme à tout prix ! Alicia FIORUCCI


Lien de la maison d'édition :http://www.editions-seguier.fr/boutique/nouveautes/collection-generale/charles-manson-par-lui-meme/

Livre disponible dans les librairies françaises, belges, canadiennes, suisses et luxembourgeoises, ainsi que sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac.com, Cultura, Decitre, etc.).

 

vendredi 13 mars 2020

BRIGITTE FONTAINE, Benoit Mouchart (Le Castor Astral)

Chronique initialement parue dans le numéro 400 de Jukebox Magazine



A l’heure où sort son nouvel album « Terre Neuve » (Verycords), Brigitte Fontaine revient en force avec un ouvrage de Benoît Mouchart relatant sa vie d’icône des années 60. Le livre se déroule de manière chronologique commençant par son enfance à Morlaix où ses parents sont enseignants. Elle développe un goût prononcé pour la littérature et le théâtre. Très tôt sa personnalité fascinante et singulière s’affirme. Au début des années 60, elle décide de conquérir la Capitale, c’est ainsi qu’elle se produit sur les planches en y interprétant ses propres textes. La voilà partie à la conquête de sa mission pour « l’honneur des femmes » et « venger son sexe ». Brigitte Fontaine revendique haut et fort son parcours original en marge de la société qui pour elle est une aliénation totale pour celles et ceux qui s’y conforment. Cette biographie est la seule existante sur cette artiste aux multiples talents et facettes. On retrouve, hormis les entretiens d’avec la Dame, ceux de Jacques Higelin, Etienne Daho, Alain Bashung, Kim Gordon et bien d’autres avec qui elle a collaboré sans oublier son compositeur fétiche et amant Areski Belkacem. De plus, le livre est jalonné de photographies dont la plupart sont inédites, ce qui pour les fans est un bonheur sans faille. L’auteur n’en est pas à son premier travail d’approche sur la chanteuse puisqu’il a aussi co-réalisé avec Thomas Bartel un documentaire pour Arte. Brigitte Fontaine a toujours su se renouveler à travers les décennies faisant d’elle une figure importante du paysage créatif hexagonal et même au-delà. La comédienne, dramaturge, poétesse, romancière et chanteuse n’a définitivement pas envie de rabaisser son majeur qu’elle dresse à la face du monde puisque vous pourrez la retrouver en croisade lors de sa nouvelle tournée qui passera par l’Olympia le 29 mars prochain ! Alicia FIORUCCI

jeudi 12 mars 2020

BILL HALEY & His Comets, Don't Knock The Rock, Bear Family (BAF 11023)

Chronique initialement parue dans le numéro 398 de Jukebox Magazine!



Le rock and roll a un seul et unique pionnier répondant au nom de Bill Haley. En effet, William John Clifton Haley est le premier blanc (avant même Elvis Aaron Presley) à populariser le genre musical dès le début des années 50. Vous avez sans doute tous en tête ses titres « Shake, Rattle and Roll », « Razzle Dazzle » ou encore « Rock Around The Clock » ! Tous ces singles ont été vendus à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde et continuent de faire danser les rockeurs de tout horizon ! En 1956 sort aux USA le film musical « Don’t Knock the Rock » dont la bande originale du long-métrage comprend des chansons de Little Richard, Alan Dale, The Treniers, Dave Appell and The Applejacks mais surtout celles de notre bon Bill Haley. Vous tenez entre vos mains la réédition par Bear Family du 25cm de 1957 sorti sur le label australien Festival. Il s’agit d’un magnifique vinyle transparent en édition limitée à 500 exemplaires (c’est dire la rareté de l’objet) qui comprend deux titres bonus : « I’ll Be With You In Apple Blossom Time » (1957) et « Caldonia », le très célèbre titre de Louis Jordan de 1945 que Bill Haley and His Comets enregistrent en 1959. De plus, quel plaisir d’avoir la reproduction de la pochette rare originale en noir et blanc où l’on voit Bill Haley entouré de ses étincelants « Comets ». On y retrouve entre autres le titre éponyme du film, « Hot Dog Buddy Buddy », Calling All Comets » mais aussi l’instrumental « Goofin’ Around » où les talents du guitariste Franny Beecher et ceux du contrebassiste Al Rex sont mis en exergue. En effet, le jeu du second en influencera plus d’un tant le « slap » (technique de jeu permettant de produire des sons percussifs sur un instrument non prévu pour ça initialement) est novateur pour l’époque. Bill Haley marquera les esprits grâce à sa coiffure et aussi signature visuelle, l’accroche-cœur et restera pour toujours une légende du rock and roll. Alicia FIORUCCI

mardi 25 février 2020

TOUTE UNE VIE D'ANGE, Jean-Noël Coghe / Christian Décamps (Les Presses du Midi)

Chronique initialement parue dans le numéro 398 de Jukebox Magazine! 


Un demi siècle, c’est la durée pendant laquelle on est sur la trace des fées avec Ange. En effet, le célèbre groupe de rock progressif originaire de Franche-Comté se fonde en 1969 autour des frères Décamps, Francis et Christian. Le second, seul membre originel toujours à bord du navire, livre à Jean-Noël Coghe une kyrielle de souvenirs, d’anecdotes, mises au points et autres coups de gueule. Ange, à l’univers très original mêlant contes médiévaux, fresques quotidiennes, et autres histoires fantastiques chantés dans la langue de Molière, n’a cessé de produire des pépites du rock français générant six disques d’or. C’est ainsi que le groupe traverse les décennies et influence des nouveaux venus sur la scène rock progressive comme Steven Wilson. De plus, le groupe réussi le pari de fidéliser un maximum de personnes que l’on surnomme affectueusement « les imbibés ». Ce magnifique ouvrage de 321 pages est illustré par des photos allant de la tendre enfance en passant par celles de moments privilégiés mais aussi scéniques ainsi que des affiches et tickets de concerts d’époque le tout saupoudré par des pochettes d’albums. On ne peut occulter l’excellent travail de Phil Umbdenstock pour l’aspect pictural unique dont Ange est doté. Le côté visuel n’est pas le seul élément extérieur à la lecture puisque les deux cd additionnels permettent un plongeon sonore restituant des moments forts et inédits (comme des interviews) recueillis au fil des ans. On accède donc à une véritable synesthésie au-delà du délire de Ange. Jean-Noël Coghe, au pedigree non négligeable (RTL, France Inter, Disco Revue, Rock & Folk, RMC), propose ici un ouvrage d’une qualité indéniable où l’on assiste à une touchante mise à nu du poète, saltimbanque et musicien qui a toujours mille et un projets à réaliser. En tout cas, ce livre est une immersion complète dans un monde où tous ont un pied dans la marge. Alicia FIORUCCI


lundi 24 février 2020

ROCKASTORIA, Jack Lalli (Aimes Editions)

Chronique initialement parue dans le numéro 399 de Jukebox Magazine


La scène rock n’a pas toujours eu son épicentre dans La Capitale. En effet, les villes de provinces ne sont pas en reste. A travers cet ouvrage, Jack Lalli nous fait voyager au coeur de Nice et son pourtour méditerranéen avec ses souvenirs de passionné du rock en y relatant « rockitudes », escapades et autres chroniques mais pas que. En effet, le livre est jalonné de moult anecdotes comme ce jour de 1963 où Gene Vincent & The Blue Caps arpentent les planches du Casino Municipal qui se fini dans l’agitation et l’anarchie à grand renforts de lancement de projectiles dans les baies vitrées. Jack a eu aussi la chance et la joie immense d’interviewer plusieurs artistes de renommée internationale ainsi que d’autres plus underground. On y retrouve Daevid Allen (Soft Machine, Gong), Christian Vander (Magma) Jean-Marc Eusébi, Gilles Choir (qui est le frère de Yves qui a officié chez Little Bob Story) et bien d’autres encore… Il nous emmène aussi dans sa caverne d’Ali Baba faite de vestiges de concerts comme ce jour du 2 février 1982 où il fonce à Marseille pour aller voir la légende Alice Cooper. Jack expose ici ses émotions de véritable féru de rock tout en véracité et vrai vécu. Ici pas de pipeau tout est franc et sans faux semblant. On va de The Church en passant par The Stranglers mais aussi Queen, Blue Öyster Cult, Tina Turner. La scène niçoise n’est pas en reste car les Playboys ont la part belle dans cet ouvrage. L’auteur nous emmène au plus profond de sa vie rock and roll et de son expérience personnelle dans ce milieu. Pour lui « communiquer c’est revendiquer ». En effet, quoi de plus beau que la transmission, l’échange et le partage entre personnes qui, un jour, se retrouvent happées par la musique qui vient de là qui vient du blues. Vous avez entre vos mains un livre de fan qui parle aux fans, aux aficionados de la musique que nous défendons tous ! Merci Jack pour cette belle immersion au sein d’un univers qui nous est cher ! Alicia FIORUCCI