vendredi 13 mars 2020

BRIGITTE FONTAINE, Benoit Mouchart (Le Castor Astral)

Chronique initialement parue dans le numéro 400 de Jukebox Magazine



A l’heure où sort son nouvel album « Terre Neuve » (Verycords), Brigitte Fontaine revient en force avec un ouvrage de Benoît Mouchart relatant sa vie d’icône des années 60. Le livre se déroule de manière chronologique commençant par son enfance à Morlaix où ses parents sont enseignants. Elle développe un goût prononcé pour la littérature et le théâtre. Très tôt sa personnalité fascinante et singulière s’affirme. Au début des années 60, elle décide de conquérir la Capitale, c’est ainsi qu’elle se produit sur les planches en y interprétant ses propres textes. La voilà partie à la conquête de sa mission pour « l’honneur des femmes » et « venger son sexe ». Brigitte Fontaine revendique haut et fort son parcours original en marge de la société qui pour elle est une aliénation totale pour celles et ceux qui s’y conforment. Cette biographie est la seule existante sur cette artiste aux multiples talents et facettes. On retrouve, hormis les entretiens d’avec la Dame, ceux de Jacques Higelin, Etienne Daho, Alain Bashung, Kim Gordon et bien d’autres avec qui elle a collaboré sans oublier son compositeur fétiche et amant Areski Belkacem. De plus, le livre est jalonné de photographies dont la plupart sont inédites, ce qui pour les fans est un bonheur sans faille. L’auteur n’en est pas à son premier travail d’approche sur la chanteuse puisqu’il a aussi co-réalisé avec Thomas Bartel un documentaire pour Arte. Brigitte Fontaine a toujours su se renouveler à travers les décennies faisant d’elle une figure importante du paysage créatif hexagonal et même au-delà. La comédienne, dramaturge, poétesse, romancière et chanteuse n’a définitivement pas envie de rabaisser son majeur qu’elle dresse à la face du monde puisque vous pourrez la retrouver en croisade lors de sa nouvelle tournée qui passera par l’Olympia le 29 mars prochain ! Alicia FIORUCCI

jeudi 12 mars 2020

BILL HALEY & His Comets, Don't Knock The Rock, Bear Family (BAF 11023)

Chronique initialement parue dans le numéro 398 de Jukebox Magazine!



Le rock and roll a un seul et unique pionnier répondant au nom de Bill Haley. En effet, William John Clifton Haley est le premier blanc (avant même Elvis Aaron Presley) à populariser le genre musical dès le début des années 50. Vous avez sans doute tous en tête ses titres « Shake, Rattle and Roll », « Razzle Dazzle » ou encore « Rock Around The Clock » ! Tous ces singles ont été vendus à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde et continuent de faire danser les rockeurs de tout horizon ! En 1956 sort aux USA le film musical « Don’t Knock the Rock » dont la bande originale du long-métrage comprend des chansons de Little Richard, Alan Dale, The Treniers, Dave Appell and The Applejacks mais surtout celles de notre bon Bill Haley. Vous tenez entre vos mains la réédition par Bear Family du 25cm de 1957 sorti sur le label australien Festival. Il s’agit d’un magnifique vinyle transparent en édition limitée à 500 exemplaires (c’est dire la rareté de l’objet) qui comprend deux titres bonus : « I’ll Be With You In Apple Blossom Time » (1957) et « Caldonia », le très célèbre titre de Louis Jordan de 1945 que Bill Haley and His Comets enregistrent en 1959. De plus, quel plaisir d’avoir la reproduction de la pochette rare originale en noir et blanc où l’on voit Bill Haley entouré de ses étincelants « Comets ». On y retrouve entre autres le titre éponyme du film, « Hot Dog Buddy Buddy », Calling All Comets » mais aussi l’instrumental « Goofin’ Around » où les talents du guitariste Franny Beecher et ceux du contrebassiste Al Rex sont mis en exergue. En effet, le jeu du second en influencera plus d’un tant le « slap » (technique de jeu permettant de produire des sons percussifs sur un instrument non prévu pour ça initialement) est novateur pour l’époque. Bill Haley marquera les esprits grâce à sa coiffure et aussi signature visuelle, l’accroche-cœur et restera pour toujours une légende du rock and roll. Alicia FIORUCCI

mardi 25 février 2020

TOUTE UNE VIE D'ANGE, Jean-Noël Coghe / Christian Décamps (Les Presses du Midi)

Chronique initialement parue dans le numéro 398 de Jukebox Magazine! 


Un demi siècle, c’est la durée pendant laquelle on est sur la trace des fées avec Ange. En effet, le célèbre groupe de rock progressif originaire de Franche-Comté se fonde en 1969 autour des frères Décamps, Francis et Christian. Le second, seul membre originel toujours à bord du navire, livre à Jean-Noël Coghe une kyrielle de souvenirs, d’anecdotes, mises au points et autres coups de gueule. Ange, à l’univers très original mêlant contes médiévaux, fresques quotidiennes, et autres histoires fantastiques chantés dans la langue de Molière, n’a cessé de produire des pépites du rock français générant six disques d’or. C’est ainsi que le groupe traverse les décennies et influence des nouveaux venus sur la scène rock progressive comme Steven Wilson. De plus, le groupe réussi le pari de fidéliser un maximum de personnes que l’on surnomme affectueusement « les imbibés ». Ce magnifique ouvrage de 321 pages est illustré par des photos allant de la tendre enfance en passant par celles de moments privilégiés mais aussi scéniques ainsi que des affiches et tickets de concerts d’époque le tout saupoudré par des pochettes d’albums. On ne peut occulter l’excellent travail de Phil Umbdenstock pour l’aspect pictural unique dont Ange est doté. Le côté visuel n’est pas le seul élément extérieur à la lecture puisque les deux cd additionnels permettent un plongeon sonore restituant des moments forts et inédits (comme des interviews) recueillis au fil des ans. On accède donc à une véritable synesthésie au-delà du délire de Ange. Jean-Noël Coghe, au pedigree non négligeable (RTL, France Inter, Disco Revue, Rock & Folk, RMC), propose ici un ouvrage d’une qualité indéniable où l’on assiste à une touchante mise à nu du poète, saltimbanque et musicien qui a toujours mille et un projets à réaliser. En tout cas, ce livre est une immersion complète dans un monde où tous ont un pied dans la marge. Alicia FIORUCCI


lundi 24 février 2020

ROCKASTORIA, Jack Lalli (Aimes Editions)

Chronique initialement parue dans le numéro 399 de Jukebox Magazine


La scène rock n’a pas toujours eu son épicentre dans La Capitale. En effet, les villes de provinces ne sont pas en reste. A travers cet ouvrage, Jack Lalli nous fait voyager au coeur de Nice et son pourtour méditerranéen avec ses souvenirs de passionné du rock en y relatant « rockitudes », escapades et autres chroniques mais pas que. En effet, le livre est jalonné de moult anecdotes comme ce jour de 1963 où Gene Vincent & The Blue Caps arpentent les planches du Casino Municipal qui se fini dans l’agitation et l’anarchie à grand renforts de lancement de projectiles dans les baies vitrées. Jack a eu aussi la chance et la joie immense d’interviewer plusieurs artistes de renommée internationale ainsi que d’autres plus underground. On y retrouve Daevid Allen (Soft Machine, Gong), Christian Vander (Magma) Jean-Marc Eusébi, Gilles Choir (qui est le frère de Yves qui a officié chez Little Bob Story) et bien d’autres encore… Il nous emmène aussi dans sa caverne d’Ali Baba faite de vestiges de concerts comme ce jour du 2 février 1982 où il fonce à Marseille pour aller voir la légende Alice Cooper. Jack expose ici ses émotions de véritable féru de rock tout en véracité et vrai vécu. Ici pas de pipeau tout est franc et sans faux semblant. On va de The Church en passant par The Stranglers mais aussi Queen, Blue Öyster Cult, Tina Turner. La scène niçoise n’est pas en reste car les Playboys ont la part belle dans cet ouvrage. L’auteur nous emmène au plus profond de sa vie rock and roll et de son expérience personnelle dans ce milieu. Pour lui « communiquer c’est revendiquer ». En effet, quoi de plus beau que la transmission, l’échange et le partage entre personnes qui, un jour, se retrouvent happées par la musique qui vient de là qui vient du blues. Vous avez entre vos mains un livre de fan qui parle aux fans, aux aficionados de la musique que nous défendons tous ! Merci Jack pour cette belle immersion au sein d’un univers qui nous est cher ! Alicia FIORUCCI

dimanche 23 février 2020

PRESSING, Philippe d'Anière (Pressing Editions)


Chronique publiée initialement dans le numéro 399 de Jukebox Magazine
Photo: Tony Marlow

Lyon, fin des années 70. Un groupe punk sonne comme une déferlante avec ses 4 albums et sa dizaine de singles sortis...Starshooter s’impose comme un des fleurons du genre en France. L’aventure « Starshoot’ » dure moins de dix ans mais assez pour effectuer des passages radio, télés et autres actions à but promotionnel. Le groupe devient suffisamment populaire et célèbre pour que quatre décennies après on s’en souvienne encore. Un certain Philippe d’Anière officie en tant que batteur et opte pour un pseudo qui lui collera à la peau, il devient Phil Pressing. Dans cet ouvrage, Phil livre « sa story ». Il y va de sa petite enfance/ adolescence en passant par ses années musicales, puis son exil au pays des « stars and stripes », sous les palmiers de Los Angeles. Il se lance dans le business du pressing industriel de jeans et de tee-shirts entre autres affaires pas toujours très catholiques (mais juteuses) entrecoupées par de petits séjours à l’ombre pour diverses histoires (drogues, prostituées, illégalité) jusqu’à monter son entreprise de restauration de bateaux, toujours là bas, là où les nuits ne sont jamais froides même quand tu manques d’argent et que tu dors à la belle étoile. Philippe raconte son épopée sans langue de bois, ce n’est pas son genre, sans faux semblant, sans complaisance, le tout avec humour et dérision. Une véritable biographie plus vraie que nature au coeur d’un destin hors du commun. Avouez qu’il fallait une sacrée dose de courage pour quitter son pays à même pas 30 balais pour se retrouver sur la côte Pacifique ! Si vous souhaitez un ouvrage politiquement correct, je crois qu’il vous faut passer votre chemin ! Par contre, si vous désirez un livre où la véracité jaillit à chaque ligne, foncez, vous ne serez pas déçus et vous demanderez même un second tome ! « Hasta la vista baby ! » Alicia FIORUCCI

mardi 3 décembre 2019

POP ROCK, Les Concerts de Légende - Julien Deléglise/Daniel Lesueur (Camion Blanc)



Chronique parue dans le numéro 394 d'octobre 2019 de Jukebox Magazine



Que seraient les groupes de rock sans la scène ? En effet, écouter les supports cd et vinyles voire même cassette a ses limites (bien qu’ils soient utiles aux nouvelles générations n’ayant pas connu cette période) , rien de vaut le ressenti procuré lorsque l’on est devant les planches, à en prendre plein les esgourdes et les mirettes. C’est ainsi que sont devenus cultes certains concerts de nos artistes fétiches. L’ouvrage concentre son étude de ces prestations légendaires entre les années 60 et 70. Pour sûr c’est dans ces années là où l’explosion créative était à son apogée que tout bougeait très vite et pour la majeure partie bien. C’est pourquoi Julien Deléglise et Daniel Lesueur se sont penchés sur les concerts marquants de ces deux décennies. Parmi eux nous retrouvons, les Beatles à l’Olympia en 64, Janis Joplin lors du festival de Woodstock, Black Sabbath en 1970 à Bruxelles, Iron Butterfly en 1971 à Göteborg, Chuck Berry et Jerry Lee Lewis à la fête de l’Huma en 73 mais aussi Johnny Hallyday en 74 à Bochuz en passant par AC/DC à San Francisco en 1977 et bien d’autres encore… Les auteurs ont creusé la question et les mystères des prestations « live » avec une flopée d’anecdotes qui sont aussi rocambolesques les unes que les autres. Quelques mots à présent sur Julien Deléglise. Né en 1979 il se passionne pour le rock en 85 lors de la sortie « Un Autre Monde » de Téléphone. Depuis cette date la musique électrique ne le quittera plus. Il animera une émission de radio puis passera à la presse musicale (Blues Again, Jukebox Magazine) et aux ouvrages musicaux comme les livres sur  Jethro Tull  mais aussi sur Les Variations. Quant à Daniel Lesueur, né en 1952 il est auteur, journaliste de la presse musicale, animateur radio et producteur d'artistes et il est aussi le premier à commercialiser en France les disques vinyles pop rares des années 60. En tout cas, cet ouvrage est une petite pépite pour toutes celles et ceux qui veulent se replonger dans les performances scéniques des groupes et artistes que nous chérissons. Alicia FIORUCCI . 

mercredi 20 novembre 2019

TONY TRUANT & Les Solutions du Sud Profond, Chez Maryse et Lulu (2019)

CHRONIQUE PARUE DANS LE NUMERO DE JUIN 2019 DE JUKEBOX MAGAZINE


Après son passage au sein des Dogs puis actuel guitariste des Wampas, Antoine Masy-Perier, plus connu sous le pseudonyme de Tony Truant, n’en est pas moins un artiste sous son propre nom. Fort de plusieurs albums en solo dont un avec les Fleshtones de New York en 2005, il nous envoie une nouvelle missive accompagné de Ses Solutions du Sud Profond (Esteban, Manuel, Roméo et Thomas). Capturé en live chez Maryse et Lulu à Sète, endroit où les propriétaires sont passionnés de la musique du diable jouée sur les planches, on est en présence d’une pépite du paysage rock français. Cet objet flambant neuf, sorti à 500 exemplaires, se compose d’un 45T en pochette ouvrante et d’un CD 6 titres. Autant vous dire de suite que dans le futur, il va devenir collector ! Après les présentations d’usage de Pascal Granger, c’est parti pour « Trop de Classe Pour Le Voisinage » adaptation dans la langue de Molière de « Too Much Class For The Neighborhood » du groupe de ses débuts puis comme une adaptation n’arrive jamais seule, on passe à celle des Kinks « A Well Respected Man » ici sous le nom de « Un Jeune Homme Bien », ces deux titres revisités et dépoussiérés façon Truant sont ceux qui figurent sur le 45T. Puis Tony nous balance dans la face quatre compositions originales des plus directes, à grand renfort de riffs cinglants et francs, on se les prend fissa dans les cages à miel « Vérole », « Dipsomanie », « La Grande Méchante Toinette » et « La Fille de l’Infirmerie » (paroles d’Eric Tandy des Olivensteins). On retrouve avec plaisir les univers de « L’Oeil Américain », d’« Ovomaltine, Benzedrine et Vengeance » mais aussi d’« On The Rocks ». Ce nouveau brûlot enregistré, mixé et masterisé par Jim Diamond (The Sonics, The Fleshtones, The Pack A.D etc.) donne à l’ensemble sonore une couleur garage rock qui n’est pas sans déplaire, bien au contraire. Le tout mêlé à la fougue de Tony Truant, il en ressort un mets succulent. Alicia FIORUCCI